Stieg LARSSON – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millénium Tome 1)

Actes Sud, collection Actes Noirs (2006) – 575 pp.

Titre original : Män som hatar kvinnor (2005)

A moins d’avoir passé les quelques dernières années dans une grotte ou dans un abri anti-culturel, difficile de passer à côté de Millénium. 

♦ J’avais résisté jusque là en me disant que j’attendrai que le battage médiatique retombe pour m’en faire une idée, mais plusieurs arguments sont venus à bout de ce raisonnement : 1 – en voulant travailler dans le secteur du livre, c’était un peu couillon de ne pas l’avoir lu; 2 – les couvertures d’Actes Sud (et Actes Noirs en particulier) sont sublimissimes, je pense que ça devrait même être remboursé par la Sécu ; 3 – en voyant le premier film j’ai reçu un terrible coup sur la tête en découvrant le personnage de Lisbeth Salander, j’avais envie d’en apprendre plus sur elle, et 4 – on m’a récemment offert la trilogie. Je n’avais PLUS AUCUNE excuse pour ne pas essayer.

Mes impressions de lecture : Beaucoup de choses à dire, ce qui est plutôt bon signe.

♣ C’est ce que j’appelle un vieux diesel, t’aurais le temps de faire vingt bornes s’il ne fallait pas attendre un temps de préchauffage. Le démarrage a été long, des digressions, des détails insignifiants sur la vie de ce Mikael Blomkvist qui, comme dans le film, n’a pas réussi à éveiller mon intérêt et pire : m’a agacée. Son côté « Robin des bois » à la mords-moi-le-noeud genre je veux dénoncer le gros requin de la finance et j’irais jusqu’au bout + le vieux cliché du tombeur qui est soit-disant différent des autres hommes (en quoi…?), pouah, ça m’a gonflée. Le fond de ma pensée? Sans ce personnage, j’aurais trouvé ce bouquin absolument TERRIBLE. Car :  

♥ Je guettais les apparitions de Lisbeth Salander, qui représente – à mes yeux – tout l’intérêt de la trilogie. Je n’ai jamais rencontré de personnage de cette trempe. Sauvage, écorchée vive, motarde (sur une bécane qu’elle a débridé), tatouée, piercée, une mémoire de dingue et un talent fou pour bidouiller les ordis, bref : l’anti Bella. J’en profite d’ailleurs pour le proposer en deuxième contribution au challenge « On veut de l’héroïne! » organisé par Pickwick et Emma. Bon, elle a un moment de faiblesse (que je n’ai d’ailleurs pas compris) en succombant aux charmes (?!) de ce médiocre Blomkvist, peut-être une tentative de l’auteur (me suis quand même demandé s’il n’avait pas fumé quelque chose pour pondre un truc aussi niais) de la faire paraître plus « humaine », plus « femme socialement acceptable », je ne sais pas, ça a failli tout gâcher. Failli seulement. Le deuxième volet de l’adaptation m’a davantage plu, et j’ai hâte de lire le bouquin.

Parce que j’aime bien donner mon avis même si on ne me le demande pas : On a débattu sur la pauvreté stylistique de la trilogie. Ce n’est pas un scoop : Stieg Larsson n’est pas le nouveau Flaubert, mais j’ai déjà lu bien pire. C’est fluide, c’est divertissant, parfois maladroit dans la formulation, les personnages ne survivent qu’au café et aux sandwichs (toutes les 10 pages à peu près) et alors? Je ne pense pas qu’il ait eu des prétentions à vouloir un Prix Nobel de Littérature. Il faut comparer ce qui est comparable.

Ce qui m’a plu, c’est la cohérence thématique en filigrane développée dans ce premier tome: la question de la femme et des violences qu’elle peut subir, son statut dans la société, notamment à travers Lisbeth Salander. On ne dirait pas comme ça mais Millénium est assez « thought-provoking » (faute de mieux en français : « stimulant pour la pensée »). Ce personnage m’est un peu apparu comme une métaphore : mise sous tutelle pour troubles mentaux, elle est considérée comme une citoyenne de deuxième classe. L’enquête sur laquelle elle travaillera avec Mikael Blomkvist met en scène un passage de la Bible qui est loin d’avoir été choisi au hasard. L’attitude des hommes de son entourage (son patron, son tuteur, et l’autre Blomkvist) offre encore des angles de réflexion sur le sujet.   

Je le recommande : si vous aimez les polars, romans noirs et autres atmosphères froides, les enquêtes sur un tueur en série sadique misogyne, et/ou que vous êtes curieux de découvrir pourquoi ça a eu autant de succès.

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7 commentairesLaisser un commentaire

  1. Hmm, curieuse oui, je le suis, mais motivée pour entamer la trilogie… pas encore complètement !
    Cela dit ton analyse de ce premier tome est intéressante et, disons-le, assez passionnante. 😉
    Je pense que pour le moment je vais déjà essayer de trouver le temps de mater les deux premiers volets côté ciné, et pour les bouquins on verra après.

  2. Ah oui, très très juste ! J’avais beaucoup aimé la trilogie, lu d’une traite, pour Lisbeth bien sûr (bien plus présente ensuite), mais aussi pour la description des repas suédois, plus présents dans les 2 et 3 (ne me demande pas pourquoi… enfin si, j’adore la nourriture scandinave…). Bref, vivent les héroïnes !

  3. à lire 😉

  4. C’est amusant car je n’aime pas le personnage de Lisbeth mais celui de Blomkvist : mon préféré de la trilogie même si la plupart des lecteurs ont préféré les deux autres tomes…

  5. J’ai eu exactement le même réflexe : attendre les apparitions de Lisbeth ! Quand l’auteur va la rechercher dans son univers après avoir déblatéré sur Blomkvist pendant 20 pages, c’est une bouffée d’oxygène, ça coule tout seul et j’ai même eu l’impression que le style s’envolait !

    J’ai aussi aimé ce roman pour tout le côté réflexions que tu exposes ici. Un livre qui fait au moins un chouia réfléchir est un livre réussi pour moi. 🙂

    • Ah je sens qu’on va bien s’entendre! 😉
      Je t’ai mis dans mes favoris, Lisbeth Salander + Wilde, il ne m’en faut pas plus.
      A bientôt!

  6. « Je n’ai jamais rencontré de personnage de cette trempe. Sauvage, écorchée vive, motarde (sur une bécane qu’elle a débridé), tatouée, piercée, une mémoire de dingue et un talent fou pour bidouiller les ordis, bref : l’anti Bella. »
    +1 pour cette gourde de Bella


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