Régis DESCOTT – Obscura

Livre de Poche (Mai 2010) – 474 pp.

Paru en broché chez J.C Lattès en 2009

Pour résumer: 19ème siècle finissant, Paris. Un jeune médecin fils d’un passionné de peinture, Jean Corbel, reçoit une lettre d’un ami médecin légiste. Il lui fait part d’une macabre découverte : un cadavre volé à été retrouvé, utilisé pour reconstituer Le Déjeuner sur l’herbe, le scandaleux tableau d’Edouard Manet. Une nouvelle patiente, une certaine Obscura, le trouble par sa ressemblance avec le modèle de Manet; sa femme elle-même présente quelques traits communs avec elle. Une nouvelle reconstitution morbide accélère les choses. Tout converge vers le peintre, et la folie meurtrière qu’il a inspiré chez un esprit malade.

Un roman sur la création, l’art et la folie.

Comment il est parvenu entre mes mains: j’en avais entendu parler à sa sortie en broché, dans une émission qui n’existe plus aujourd’hui: Café crimes sur Europe 1. Puis par manque de temps j’avais zappé, et en le voyant sorti en poche, j’ai décidé de remédier à cette erreur.

Impressions de lecture: je l’ai lu vite, j’avais envie de retrouver l’univers, je tournais les pages avec plaisir. Je n’irais pas jusqu’à dire « gros coup de coeur » (des éléments m’ont gênée), mais coup de coeur quand même pour l’univers.

J’ai été transportée dans le Paris des Folies-Bergères, le cabinet de médecin et les hôpitaux psychiatriques des années 1880, je voyais les tableaux de Manet, les scènes de crime. J’ai aimé l’ambiance, l’effort de plonger le lecteur dans un univers bien défini et construit. On sent la documentation, la phase de recherche et d’imprégnation.

♦ Le défaut de cette qualité est qu’on a parfois l’impression de lire un ouvrage d’histoire, un article d’encyclopédie ou un traité de médecine. Les sujets et l’univers m’intéressent personnellement, mais un lecteur qui n’a pas ce goût risque de sauter des paragraphes ou d’être perdu.

♦ Quelques formulations détonnaient dans le contexte historique, une erreur historique (l’utilisation du mot daguérréotype, ce n’était plus utilisé à la fin du siècle) mais surtout des scènes très crues m’ont gênée. La représentation des femmes est monocorde, aucune n’est épargnée, et hum, un peu de nuance aurait été TRES appréciable. Objets sexuels, victimes, prostituées, folles, cadavres, galerie de portraits pas très rafraichissants!

Je le recommande: plutôt aux amateurs de romans historiques. L’élement policier n’est pas ce qui m’a intéressée le plus car il est vraiment peu réussi en comparaison de la peinture du contexte historique. L’enquête à proprement parler se met en place  relativement tardivement, la révélation du tueur n’est pas tonitruante.  Ca ne m’a pas gênée car je suis très très cliente d’ambiances dix-neuvième, fin de siècle, etc. mais ça pourrait être un frein à des amateurs de polars plus rythmés, où le tueur est une réelle surprise et l’enquête au suspense fou.

Le petit truc en +: un interview très intéressant avec l’auteur ici.

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5 commentairesLaisser un commentaire

  1. Encore un livre vers lequel je ne me serai probablement pas tournée spontanément mais que tu me donnes furieusement envie de lire (malgré les défauts que tu cites et qui sont sans doute réels).
    J’ai de plus en plus de plaisir à lire tes billets Mélie, tout est très précisément argumenté, et tu écris vraiment très bien. En toute sincérité, j’aimerais avoir un esprit d’analyse aussi affûté que toi !
    Gros bisous.

    • Que de compliments! Avoir l’esprit d’analyse & un oeil critique c’était l’objectif de ma formation littéraire, et mêlé à ça un caractère passionné, tu obtiens le ton de mes billets 😉 Je suis ravie que tu les lise avec plaisir et avec fidélité! J’ai hâte de lire ton billet sur Tracy Chevalier, j’espère que tu as aimé.

  2. celui là je note les références : il est tout à fait dans mes goûts…Fin de Siècle, univers médical.
    Le roman dit « historique » est assez « casse gueule » (!) mais quand il est réussi c’est un bonheur intense.
    Et combien la vulgarisation d’une recherche historique pour aller vers une fiction, est un travail délicat.
    Pour moi il est plus aisé de rédiger un essai historique qu’un roman historique.

    Merci pour cette critique tjs très argumentée.

  3. Merci pour cette découverte !
    Hop, directement sur ma liste !
    Je t’invite à découvrir le roman « Le fantôme de la Tour Eiffel » de Olivier Bleys (Il ne révolutionne pas la littérature mais j’ai passé un bon moment)

    Merci pour ce blog que je viens de découvrir

  4. Effectivement, l’intrigue policière du roman est reléguée au second plan. Et même si comme toi, j’apprécie beaucoup l’univers choisi par l’auteur pour planter son décor, Obscura manque à mon sens, de cohérence. Ceci dit, ce fût tout de même une lecture agréable.
    Bonne idée pour l’interview avec l’auteur : ça permet de contextualiser l’histoire!
    A bientôt!


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