Katarina MAZETTI – Le mec de la tombe d’à côté

Gaïa Editions (2006) – 254 pp. / Existe en version poche chez Babel (2009)

Titre original : Grabben i graven bredvid (1998)

Pour résumer: Désirée vient de perdre son mari, et se rend au cimetière où il est enterré. Benny a perdu sa mère, et vient fleurir le tombeau familial qui est situé juste à côté de celle du mari de Désirée. Ils s’observent : une femme plutôt cérébrale, réservée, proprette limite froide d’un côté et le paysan, le blaireau qui sent l’étable et qui a de la terre sous les ongles, de l’autre. Improbable autant qu’incompréhensible, ce roman est l’histoire d’une passion mouvementée et d’un choc culturel réciproque.

Comment je l’ai eu entre les mains : c’est un grand succès de librairie et j’ai profité de la pause estivale pour rattraper mon retard. J’ai du attendre des semaines après l’avoir réservé à la bibliothèque, on se l’arrache.

Impressions de lecture : ça se lit facilement et rapidement, l’écriture est fluide, humour pince-sans-rire, cocasse, ça passe bien dans l’ensemble. La narration alternée laisse la parole aux deux protagonistes, les chapitres courts rendent la lecture assez dynamique. Ca a été un agréable moment de lecture détente, mais ça s’arrête là:

Le thème du choc des cultures, du mode de vie urbain VS rural, ça frisait la caricature et la facilité pour le personnage de Benny le Blaireau. Et surtout :

(SPOILER) : la fin est digne d’un téléfilm pour les ménagères qu’on regarde un après-midi uniquement si on est cloué/e au lit avec une grippe atroce et le cerveau ramolli par les médicaments. Ca se veut drôle mais c’est un poil conservateur dans le fonds (à mon goût du moins): cette horloge biologique, ce désir d’enfant et de foyer, cette réconciliation in extremis, ce n’est rien moins qu’une happy end sirupeuse qui essaye de ne pas l’être. J’aurais préféré un truc qui ait plus de gueule, plus cynique.

Ca m’a fait penser à: une version écrite de l’émission L’Amour est dans le pré. Pour l’univers agricole, le choc des cultures, le conte de fée parmi les bouses de vache, etc.

Je le recommande : à un large public voulant quelques heures de lecture sympathiques, gentillettes.

Stieg LARSSON – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (Millénium 2)

Actes Sud, collection Actes Noirs (2006) – 653 pp.

Titre original : Flickan som lekte med elden (2006)

Pour résumer: Il s’en est passé des choses depuis que nous avions entendu parler de Lisbeth Salander… un après les évènements du tome 1, elle a quitté Stockholm et profite de sa nouvelle liberté financière autour du monde.  Pour rien au monde elle ne veut revoir ce Michael Blomkvist. Lui a retrouvé sa place au sein de son magazine Millénium, et s’apprête à lâcher une bombe médiatique à l’aide d’un nouveau collaborateur: une enquête sur le trafic de femmes, qui mêle policiers et personnalités. Puis un soir, alors qu’il rend visite à son collaborateur, il le retrouve mort ainsi que sa compagne, assassinés par balles. Le lendemain, Nils Bjurman, le tuteur de Lisbeth Salander, est lui aussi retrouvé mort. Les empreintes sur l’arme du crime parlent sans détours: elles appartiennent à Lisbeth. Une folle course poursuite se met en place, son passé est fouillé, elle est introuvable… Blomkvist est néanmoins convaincu de son innocence.

♣ J’ai résisté quelque chose comme 20 H après avoir fini le premier tome avant de craquer et d’entamer comme une vorace ce deuxième tome. Tout est dit!

Impressions de lecture: Sachant les grands aspects de l’intrigue avec  l’adaptation ciné le suspense était quasi nul, mais j’ai pris plaisir à lire en détail le passé de Lisbeth, ses répliques bien senties. L’ambivalence du personnage est bien développée, là elle prend tout le charisme de l’héroïne qui a fait le succès de la trilogie. Et puis le Blomkvist est moins présent que dans le tome 1, ce qui n’est pas pour me déplaire.

♦ L’intrigue en elle-même m’a semblée plus intéressante que celle du tome 1, plus riche, centrée sur Lisbeth. Le style est moins pire que dans le premier, les dialogues sont meilleurs, plus incisifs. Oui il y a des sacrées longueurs, des intrigues parallèles (tout le tintouin interne de la police par exemple) pas franchement intéressantes, mais je suis dingue de ce « foutu petit bout de femme compliquée » et tant pis pour les défauts du truc. Comme pour le tome 1 les personnages ne survivent qu’en dormant deux heures par nuit, avec du café et des tartines, trois gorgées d’eau, mais ces « incohérences », ces « bizarreries » me font plus sourire qu’autre chose.

♣ L’adaptation ciné opte pour certains raccourcis, le livre offre plus de nuances, en particulier sur Lisbeth (sa relation ambivalente avec Blomkvist est complètement zappée dans le film) et aussi le « géant blond » qui est un Terminator sans cervelle dans le film, il est plus crédible dans le bouquin.

J’entame le tome 3… et je n’ai même pas peur de ses 710 pages.

Stieg LARSSON – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millénium Tome 1)

Actes Sud, collection Actes Noirs (2006) – 575 pp.

Titre original : Män som hatar kvinnor (2005)

A moins d’avoir passé les quelques dernières années dans une grotte ou dans un abri anti-culturel, difficile de passer à côté de Millénium. 

♦ J’avais résisté jusque là en me disant que j’attendrai que le battage médiatique retombe pour m’en faire une idée, mais plusieurs arguments sont venus à bout de ce raisonnement : 1 – en voulant travailler dans le secteur du livre, c’était un peu couillon de ne pas l’avoir lu; 2 – les couvertures d’Actes Sud (et Actes Noirs en particulier) sont sublimissimes, je pense que ça devrait même être remboursé par la Sécu ; 3 – en voyant le premier film j’ai reçu un terrible coup sur la tête en découvrant le personnage de Lisbeth Salander, j’avais envie d’en apprendre plus sur elle, et 4 – on m’a récemment offert la trilogie. Je n’avais PLUS AUCUNE excuse pour ne pas essayer.

Mes impressions de lecture : Beaucoup de choses à dire, ce qui est plutôt bon signe.

♣ C’est ce que j’appelle un vieux diesel, t’aurais le temps de faire vingt bornes s’il ne fallait pas attendre un temps de préchauffage. Le démarrage a été long, des digressions, des détails insignifiants sur la vie de ce Mikael Blomkvist qui, comme dans le film, n’a pas réussi à éveiller mon intérêt et pire : m’a agacée. Son côté « Robin des bois » à la mords-moi-le-noeud genre je veux dénoncer le gros requin de la finance et j’irais jusqu’au bout + le vieux cliché du tombeur qui est soit-disant différent des autres hommes (en quoi…?), pouah, ça m’a gonflée. Le fond de ma pensée? Sans ce personnage, j’aurais trouvé ce bouquin absolument TERRIBLE. Car :  

♥ Je guettais les apparitions de Lisbeth Salander, qui représente – à mes yeux – tout l’intérêt de la trilogie. Je n’ai jamais rencontré de personnage de cette trempe. Sauvage, écorchée vive, motarde (sur une bécane qu’elle a débridé), tatouée, piercée, une mémoire de dingue et un talent fou pour bidouiller les ordis, bref : l’anti Bella. J’en profite d’ailleurs pour le proposer en deuxième contribution au challenge « On veut de l’héroïne! » organisé par Pickwick et Emma. Bon, elle a un moment de faiblesse (que je n’ai d’ailleurs pas compris) en succombant aux charmes (?!) de ce médiocre Blomkvist, peut-être une tentative de l’auteur (me suis quand même demandé s’il n’avait pas fumé quelque chose pour pondre un truc aussi niais) de la faire paraître plus « humaine », plus « femme socialement acceptable », je ne sais pas, ça a failli tout gâcher. Failli seulement. Le deuxième volet de l’adaptation m’a davantage plu, et j’ai hâte de lire le bouquin.

Parce que j’aime bien donner mon avis même si on ne me le demande pas : On a débattu sur la pauvreté stylistique de la trilogie. Ce n’est pas un scoop : Stieg Larsson n’est pas le nouveau Flaubert, mais j’ai déjà lu bien pire. C’est fluide, c’est divertissant, parfois maladroit dans la formulation, les personnages ne survivent qu’au café et aux sandwichs (toutes les 10 pages à peu près) et alors? Je ne pense pas qu’il ait eu des prétentions à vouloir un Prix Nobel de Littérature. Il faut comparer ce qui est comparable.

Ce qui m’a plu, c’est la cohérence thématique en filigrane développée dans ce premier tome: la question de la femme et des violences qu’elle peut subir, son statut dans la société, notamment à travers Lisbeth Salander. On ne dirait pas comme ça mais Millénium est assez « thought-provoking » (faute de mieux en français : « stimulant pour la pensée »). Ce personnage m’est un peu apparu comme une métaphore : mise sous tutelle pour troubles mentaux, elle est considérée comme une citoyenne de deuxième classe. L’enquête sur laquelle elle travaillera avec Mikael Blomkvist met en scène un passage de la Bible qui est loin d’avoir été choisi au hasard. L’attitude des hommes de son entourage (son patron, son tuteur, et l’autre Blomkvist) offre encore des angles de réflexion sur le sujet.   

Je le recommande : si vous aimez les polars, romans noirs et autres atmosphères froides, les enquêtes sur un tueur en série sadique misogyne, et/ou que vous êtes curieux de découvrir pourquoi ça a eu autant de succès.

Mara LEE – Beautés volées

Mara LEE : Beautées volées (2010, Albin Michel)

Titre original (2007, traduit du suédois) : Ladies

En gros : (Je reprends exceptionnellement la quatrième de couverture.)

Léa la directrice d’une galerie d’art contemporain, Laura l’écrivain et Mia la danseuse ont toutes été, à un moment donné, fascinées par Siri, une photographe prête à tout pour aller au bout de son art.
Aucune d’elles n’arrive à oublier cette artiste dangereuse qui a changé le cours de leur vie. Entre Stockholm et Paris, des ghettos culturels au monde factice de la mode, les chemins de ces quatre femmes croisent, de leur adolescence à aujourd’hui, jusqu’à une confrontation fatidique. Un roman talentueux et provocant, où il est question d’apparence et de faux-semblants, mais surtout de blessures intérieures et de femmes prisonnières de leur corps et de leur image.
 
Comment je l’ai découvert : sur la table litté étrangère de la librairie où je travaille. La quatrième de couverture m’a plu, ça mettait en avant des personnages de femmes artistes, une plus extrême que les autres, je trouvais ça potentiellement intéressant. Pickwick (voir mes favoris) me l’a gentiment prêté, il attendait dans sa PAL. J’en profite au passage pour encore te remercier!

Impressions de lecture : Autant le dire tout de suite. Déçue, agacée, ennuyée. J’ai le sentiment de m’être fait avoir par la quatrième de couv’, d’avoir été la dinde de la farce, et c’est honnêtement désagréable.

♦ Ce roman AURAIT PU être sacrément intéressant. Aurait pu seulement. La femme et sa représentation est un sujet qui m’intéresse depuis toujours, mais cette espèce d’intrigue tirée par les cheveux (je ne sais pas trop comment la nommer, c’était une enquête, une vengeance, un complot, un crêpage de chignon?)  a tout gâché. Ca ne m’a paru ni vraisemblable, ni crédible, ni intéressant.

♦ Les personnages. J’attendais tout du personnage de Siri, que la quatrième de couv’ annonçait mystérieuse, photographe extrême, dédiée corps et âme à son art, etc. Elle m’a juste parue folle et froide, mais en aucun cas intéressante. Aucune justification de sa soi-disant démarche artistique, rien, que dalle. Quant aux autres, ce sont des prétentieuses et/ou des victimes, et une remporte la palme: Laura, la « poétesse » écorchée, pleurnicharde en thérapie.

♦ Les dialogues, c’était le pompom. Plats, mais plats!  Non pardon, le pompom en fait c’était le « dénouement ». Je ne m’attendais pas à ça, surprise de taille. C’était d’un RIDICULE absolument navrant. L’épilogue vient sauver le truc in extremis, mais franchement, tout ça pour ça, …

Je le recommande: aux fifilles de France et de Navarre qui souffrent d’être trop belles, maudites par leur apparence trop attirante et qui ne supportent plus les regards insistants. Essayez de vous taper la tête contre un mur, vous serez certainement moins jolies et le problème sera réglé, on ne pourra rien vous voler, pour reprendre le titre.

(Ce n’est que mon opinion & il n’engage que moi, ce roman n’était simplement pas une lecture pour moi, contrairement à ce que j’avais espéré. Tant pis. Suivant!)

Un autre avis, très tranché également: http://www.surlering.com/article/article.php/article/la-victoire-du-readera-s-digest-sur-la-femme

Published in: on 15 mai 2010 at 15 h 46 min  Comments (3)  
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