Un peu plus sur Wesley STACE

Parce que j’ai été enthousiasmée par son premier roman: Misfortune/VF: L’infortunée,  je n’ai pas pu résister à l’idée d’écrire un autre billet sur son auteur, Wesley Stace.

Chaque chapitre débutait par une lettrine, renforçant l'ambiance très 19ème du roman

Si le roman apparait très documenté, ce n’est pas par hasard: il a passé plusieurs années à faire des recherches et à le rédiger. L’insertion de chansons, ce style très musical, cette ambiance sonore, ce n’est pas non plus du hasard : à l’époque de la sortie du roman, en 2005, il avait déjà composé plus d’une dizaine d’albums pop/folk (sortis sous le nom de John Wesley Harding). Il est monté sur scène aux côtés de Springsteen, Iggy Pop, Joan Bez, ça va, y a pire…  

‘Misfortune’ était à l’origine une chanson, accessible gracieusement sur son site (il suffit de cliquer sur sa photo, et ensuite colonne de gauche). Il a développé l’idée de base, d’un enfant trouvé par un homme riche, qui l’élève ensuite comme une fille… Il s’est ensuite inspiré du mythe d’Hermaphrodite, l’a révisité avec malice et modernité, et à construit tout un univers autour.

* You’ve got an email *

♦ Last but not least: il a eu la gentillesse de répondre à mon email (j’en suis encore toute retournée!), il a pris le temps de développer ses réponses à mes questions, ce que je trouve hyper classe et ça méritait d’être signalé.

Entre autres questions littéraires (on ne m’arrête plus sur le thème de l’androgynie et les références historiques) je lui ai notamment posé la question sur l’adaptation cinématographique du roman: son site indiquait que les droits avaient été achetés, et curieuse comme je suis, je voulais savoir où ça en était. Le projet a malheureusement été abandonné: le script n’a pas trouvé preneur, et l’excentricité du personnage posait quelques soucis, pour faire court. Mais il a espoir que le film se fasse un jour où l’autre. Wait & see!

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Published in: on 16 août 2010 at 18 h 47 min  Comments (1)  
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Wesley STACE – Misfortune

Jonathan Cape/Random House (2005) – 531 pp.

Traduction française : L’infortunée –  J’ai lu (2007) – 605 pp.

Pour résumer : Rose est la fille, que dis-je, la prunelle des yeux du Lord Loveall. Elle grandit protégée du monde, innocente, dans une riche demeure familiale, dans l’Angleterre du début 19ème. Ses journées ne sont faites que de jeux, de rires, de moments privilégiés passés avec deux amis et ses parents dévoués. Plusieurs signes lui font croire qu’elle est différente, qu’il existe un secret qui la concerne. Son corps se transforme. Elle n’a pas la grâce de son amie Sarah et doit se raser comme son ami Stephen. Avec candeur puis violence, elle découvre la vérité.

Comment je l’ai eu entre les mains : acheté à sa sortie en poche pour sa couverture, il n’avait plus bougé de ma PAL pour une raison que j’ignore. En relisant le résumé, je me suis rappelée à quel point c’était une lecture évidente: la période, le lieu, le thème du genre et de l’androgynie qui me passionne, ça sentait le « WOW » dans toute sa splendeur. J’ai illico commandé l’édition anglaise. Sur la 4ème de couv’, on compare l’auteur à Sarah Waters. Oh dear!   

Impressions de lecture : roman très ambitieux ET qui a les moyens de sa politique. C’est très documenté, riche en références littéraires & culturelles sur l’androgynie, le thème du genre, Platon, Ovide aux gender studies contemporaines. Soufflée! C’est du WOW haut du panier. J’aurais pu utiliser le mot de chef d’oeuvre si la fin n’avait pas été aussi mauvaise, ultra décevante et tarte à la crème.

Le personnage principal, Rose, est décrit avec virtuosité. C’est le compte-rendu d’un parcours initiatique, de petite fille innocente et heureuse, d’un jeune homme à la puberté difficile, puis d’un être adulte : homme/femme/ni l’un ni l’autre/les deux? Ce roman est aussi (à mes yeux) une ôde aux êtres marginaux, extra-ordinaires, les outsiders. C’est un texte qui appelle à l’ouverture d’esprit, à la transcendance des rôles imposés pour chaque genre. Si quelqu’un veut porter une moustache ET une robe: où est le problème?

Ca m’a fait penser à: J’ai retrouvé le style malicieux, maîtrisé et musical de Michel Faber (The Crimson Petal and the White/VF : La rose pourpre et le lys) et l’univers de Sarah Waters (Fingersmith/VF : Du bout des doigts), bref tout ce que j’aime!

Je le recommande: chaudement! En particulier aux amateurs/trices de fictions littéraires historiques de qualité, si vous aimez les fresques dix-neuvième, les personnages extravagants, allez-y. Objectivement, je pense que ce roman peut plaire intensément, mais à un public assez restreint et littéraire.  

→ J’ai pu comparer la traduction française, et si vous avez le cran de vous attaquer à 500+ pages en anglais, please do! Rien ne vaut le texte originel: le côté piquant, ironique, musical, passe beaucoup moins en français.