Georges FLIPO – La commissaire n’aime point les vers

La Table Ronde (Février 2010) – 300 pp.

Pour résumer: Un hiver, à Paris. Un SDF est retrouvé mort. La commissaire de la 3ème DPG, Viviane Lancier, plutôt vieille école et terre à terre, est chargée de l’affaire. On lui a collé un adjoint plutôt atypique, débutant, et surtout… licencié en Lettres Modernes. Son tempérament littéraire, son zèle, ne correspondent pas à la discipline des procédures, il cumule les bourdes. Dans la besace du SDF, fervent admirateur d’Hugo, se trouvait une mystérieuse enveloppe au contenu des plus étonnants : un sonnet aux tournures baudelairiennes.  L’enquête s’enlise, et les morts se multiplient autour du sonnet: qui le touche trépasse ou presque…

Pourquoi cette lecture? : j’ai soif de polar en ce moment, et les billets qui avaient fleuri sur la blogosphère à sa sortie me laissaient envisager un bon moment de lecture. L’accueil critique « professionnel » avait également été bon. Je l’avais vu décrit comme un polar littéraire, une commissaire à la tête d’une équipe d’hommes, une enquête tournant autour d’un poème de Baudelaire, enfin bref il ne m’en fallait pas plus.

Impressions: je l’ai lu vite, l’écriture est fluide, les pages se tournent, les chapitres se succèdent sans longueurs ni temps mort. Premier bon point donc le rythme.

J’emploie parfois le mot « sympathique » avec des arrières-pensées négatives, mais là non, c’est un roman vraiment sympathique. J’ai eu un peu peur à la première page d’être dans une ambiance « série policière sur la 1 en prime-time » avec les régimes de la commissaire mais finalement non, cette dérision tombe à pic pour contrebalancer les meurtres. J’ai aimé les évocations de Baudelaire, on sent la documentation, mais on ne tombe pas dans l’admiration béate du poète, et ça chapeau.

♦ Bémol : un discours anti-médias un peu manichéen et lourd parfois. 

Je le recommande: volontiers! Aux littéraires qui voudraient découvrir le polar, ça serait un début en douceur, les références à la littérature plus classique (Hugo, Baudelaire) font une balise idéale. Une lecture détente avec un supplément de culture, mélange réussi.

Les petits truc en + : pour découvrir l’auteur, voici son blog et son site.

Stieg LARSSON – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millénium Tome 1)

Actes Sud, collection Actes Noirs (2006) – 575 pp.

Titre original : Män som hatar kvinnor (2005)

A moins d’avoir passé les quelques dernières années dans une grotte ou dans un abri anti-culturel, difficile de passer à côté de Millénium. 

♦ J’avais résisté jusque là en me disant que j’attendrai que le battage médiatique retombe pour m’en faire une idée, mais plusieurs arguments sont venus à bout de ce raisonnement : 1 – en voulant travailler dans le secteur du livre, c’était un peu couillon de ne pas l’avoir lu; 2 – les couvertures d’Actes Sud (et Actes Noirs en particulier) sont sublimissimes, je pense que ça devrait même être remboursé par la Sécu ; 3 – en voyant le premier film j’ai reçu un terrible coup sur la tête en découvrant le personnage de Lisbeth Salander, j’avais envie d’en apprendre plus sur elle, et 4 – on m’a récemment offert la trilogie. Je n’avais PLUS AUCUNE excuse pour ne pas essayer.

Mes impressions de lecture : Beaucoup de choses à dire, ce qui est plutôt bon signe.

♣ C’est ce que j’appelle un vieux diesel, t’aurais le temps de faire vingt bornes s’il ne fallait pas attendre un temps de préchauffage. Le démarrage a été long, des digressions, des détails insignifiants sur la vie de ce Mikael Blomkvist qui, comme dans le film, n’a pas réussi à éveiller mon intérêt et pire : m’a agacée. Son côté « Robin des bois » à la mords-moi-le-noeud genre je veux dénoncer le gros requin de la finance et j’irais jusqu’au bout + le vieux cliché du tombeur qui est soit-disant différent des autres hommes (en quoi…?), pouah, ça m’a gonflée. Le fond de ma pensée? Sans ce personnage, j’aurais trouvé ce bouquin absolument TERRIBLE. Car :  

♥ Je guettais les apparitions de Lisbeth Salander, qui représente – à mes yeux – tout l’intérêt de la trilogie. Je n’ai jamais rencontré de personnage de cette trempe. Sauvage, écorchée vive, motarde (sur une bécane qu’elle a débridé), tatouée, piercée, une mémoire de dingue et un talent fou pour bidouiller les ordis, bref : l’anti Bella. J’en profite d’ailleurs pour le proposer en deuxième contribution au challenge « On veut de l’héroïne! » organisé par Pickwick et Emma. Bon, elle a un moment de faiblesse (que je n’ai d’ailleurs pas compris) en succombant aux charmes (?!) de ce médiocre Blomkvist, peut-être une tentative de l’auteur (me suis quand même demandé s’il n’avait pas fumé quelque chose pour pondre un truc aussi niais) de la faire paraître plus « humaine », plus « femme socialement acceptable », je ne sais pas, ça a failli tout gâcher. Failli seulement. Le deuxième volet de l’adaptation m’a davantage plu, et j’ai hâte de lire le bouquin.

Parce que j’aime bien donner mon avis même si on ne me le demande pas : On a débattu sur la pauvreté stylistique de la trilogie. Ce n’est pas un scoop : Stieg Larsson n’est pas le nouveau Flaubert, mais j’ai déjà lu bien pire. C’est fluide, c’est divertissant, parfois maladroit dans la formulation, les personnages ne survivent qu’au café et aux sandwichs (toutes les 10 pages à peu près) et alors? Je ne pense pas qu’il ait eu des prétentions à vouloir un Prix Nobel de Littérature. Il faut comparer ce qui est comparable.

Ce qui m’a plu, c’est la cohérence thématique en filigrane développée dans ce premier tome: la question de la femme et des violences qu’elle peut subir, son statut dans la société, notamment à travers Lisbeth Salander. On ne dirait pas comme ça mais Millénium est assez « thought-provoking » (faute de mieux en français : « stimulant pour la pensée »). Ce personnage m’est un peu apparu comme une métaphore : mise sous tutelle pour troubles mentaux, elle est considérée comme une citoyenne de deuxième classe. L’enquête sur laquelle elle travaillera avec Mikael Blomkvist met en scène un passage de la Bible qui est loin d’avoir été choisi au hasard. L’attitude des hommes de son entourage (son patron, son tuteur, et l’autre Blomkvist) offre encore des angles de réflexion sur le sujet.   

Je le recommande : si vous aimez les polars, romans noirs et autres atmosphères froides, les enquêtes sur un tueur en série sadique misogyne, et/ou que vous êtes curieux de découvrir pourquoi ça a eu autant de succès.