Tania JAMES – L’atlas des inconnus

Stock, coll. La Cosmopolite (Août 2010) – 494 pp.

Titre original : Atlas of Unknowns (2009)

Pour résumer : Années 1990, Inde. Deux soeurs grandissent avec leur père et leur grand-mère. Linno, l’aînée, présente des qualités artistiques : ses dessins forcent l’admiration; la cadette, Anju, débute brillamment sa scolarité. Après l’accident qui a rendu leur famille bancale et emporté leur mère, une deuxième perte va bouleverser leurs vies. Linno se brûle la main lors d’un feu d’artifice, on doit la lui couper. Elle arrête l’école, dessine à temps plein. Anju entend parler d’un programme d’échange pour étudier 1 an aux USA, rêve d’une vie meilleure, ailleurs. Elle n’a aucun talent particulier, et pour partir, va trahir sa soeur.

Comment il est arrivé entre mes mains : lu dans le cadre d’un partenariat spécial Festival America de Vincennes organisé avec BOB et les Editions Stock. Après deux partenariats plus que râtés et mal choisis de ma part, celui-ci m’a tapé dans l’oeil et mon instinct s’est réveillé : c’est une belle découverte!

Impressions: première lecture de cette rentrée littéraire, ça commence fort.

J’ai globalement aimé. Les thèmes m’ont intéressée : le décalage culturel entre l’Occident et l’Orient, la barrière de la langue, la rencontre de classes sociales, la quête d’indépendance (ses joies, illusions & échecs), le rêve américain, la filiation féminine (mère, soeur), l’amitié féminine. J’étais en Inde, puis à New York, je sentais l’odeur des plats et voyais l’intensité des couleurs des saris. Belle puissance d’évocation.

L’écriture est accessible, fluide et montre un effort littéraire. Beaucoup de pudeur et d’espièglerie.

♦ La fin m’a un tantinent déçue, trop convenue. Et à force de jouer sur les non-dits, à force de rester dans le flou sur certaines questions, le lecteur peut perdre pied. Le titre, par exemple, n’est pas évoqué ni expliqué, dommage.

Je le recommande: si vous recherchez une lecture dans laquelle on fond comme dans un bain. Une lecture prenante, avec laquelle on prend plaisir à retrouver, le soir avant de s’endormir, le matin avant d’attaquer la journée et un petit moment volé dans le bus. 

Un autre avis, celui d’Emily.

Un grand merci à BOB et aux Editions Stock, La Cosmopolite ne vole pas sa réputation…

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Julie GRELLEY – Anges

Albin Michel (Janvier 2010) – 186 pp.

Pour résumer: Colline a été Lynn, une mannequin prometteuse, à la beauté naturelle et douce. C’était avant, bien avant. Avant la transformation et les purifications. Pour éloigner d’elle le désir, elle s’est enlaidit, pris du poids à l’extrême, défigurée. Elle voudrait un ange qui l’aime pour elle-même, un ange pur et chaste, asexué. Il n’existe pas pour l’instant. Mais elle sait comment en créer un. Après des tentatives malheureuses, des anges râtés, elle rencontre celui qui pourrait être sa réussite.

Comment je l’ai eu entre les mains : j’avais vu un programme court à la télé qui était consacré à ce roman et où l’auteur était interviewée. Ca a retenu mon attention et j’ai noté, ça avait l’air d’être un projet d’écriture original dans le panorama français.

Impressions de lecture : la narration, cette syntaxe déformée, ce jeu de pronoms schizophrène : je/elle. Le lecteur sent de suite que ça ne tourne pas rond dans la tête de Colline. Elle a, comment dire, de sérieux troubles identitaires. L’effet est efficace et réussi, ça donne le mal de mer, des frissons, la nausée.

« Parfois Colline à l’impression que mon cerveau liquide s’écoule par un trou dans ma nuque. » p.15

Il m’a manqué un je-ne-sais-quoi de nuances, une fin que je n’ai pas trouvée à la hauteur du reste, pour le mettre dans la catégorie « WOW ».  Mais ça se rapproche. Il y a une recherche stylistique, des qualités certaines, et c’est certainement une auteur à suivre.

Ca m’a fait penser à : du Joyce Carol Oates.

Je le recommande : si vous voulez un texte coup de poing, une lecture courte qui réveille comme un coup de fouet. C’est un texte qui dérange, qui met mal à l’aise. A éviter si vous avez facilement le haut le coeur à la vue du sang.

Published in: on 4 août 2010 at 20 h 58 min  Comments (1)  
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Wilkie COLLINS – Iolani ou Les maléfices de Tahiti

Editions du Masque, collection Labyrinthes – 234 pp. (2009)

Titre original : Iolani or Tahiti, as it was. A romance. (1999)

Pour résumer en deux phrases: Le grand prête Iolani veut que le sang coule, il veut un sacrifice : celui de son propre fils, né d’Idia, une femme de basse extraction. Elle refuse cette coutume et s’enfuit.

Comment je l’ai eu entre les mains : lu dans le cadre d’un partenariat avec BOB. Choisi pour son cadre: la Polynésie, Tahiti, le Pacifique, et aussi pour l’histoire de ce manuscrit. Il s’agit du premier roman de Wilkie Collins, non publié de son vivant. Après de longues aventures dans des salles de ventes pendant un siècle, il a été redécouvert par un libraire en 1991 et publié en 1999 en langue originale.

Impressions de lecture: je me suis ennuyée ferme. Le style est maladroit au possible, je me suis forcée à lire péniblement jusqu’à la 100ème page et je l’ai refermé. Je n’en pouvais simplement plus. Entre la lenteur des évènements, des propos colonialistes/racistes, la platitude et la confusion de « l’intrigue » et des personnages, rien ne m’a motivée à continuer.

Je voulais de l’évasion, une plongée dans le Pacifique, et je n’ai attéri que dans les bras de Morphée. Peut mieux faire dans le genre du dépaysement!

Je le recommande: peut-être aux inconditionnels de Wilkie Collins et aux universitaires qui étudient sa bibliographie intégrale. Je ne vois pas à qui d’autre.  

Merci à BOB et aux Editions du Masque pour ce partenariat « coloré »!

Jean-Baptiste DEL AMO – Une éducation libertine

Jean-Baptiste DEL AMO : Une éducation libertine

(Gallimard : 2008; Folio: 2010)

En gros : Gaspard est un jeune homme de 19 ans, il a fuit son Quimper natal pour la capitale. En cette fin de dix-huitième siècle, Paris est un enfer transpirant de puanteur, la vie est rude. Il faut gagner de quoi manger, payer un abri pour la nuit. Ne pas se faire happer par le Fleuve, la Seine, ignoble de saleté. Les bas fonds et les splendeurs, les bordels et les salons mondains, il connaîtra tout.

Comment je l’ai découvert : Lu dans le cadre d’un partenariat avec BOB (voir mes favoris) et les éditions Folio. Pour voir ce qu’en dit l’éditeur, c’est par ici : http://www.gallimard.fr/rentree-2008/index_delamo.htm 

Je remercie l’équipe de BOB ainsi que l’éditeur de cet envoi. La présentation m’avait fait envie, les romans d’apprentissage sont un genre que j’affectionne assez, et la période du 18ème est intéressante.

Mes impressions de lecture : oulà là. Hum. Comment dire?

What happened?! : ♦ Le style. Recherché, indéniablement recherché. Trop à mon goût; c’était lourd, parfois étouffant. Des « déliquescences », « concupiscence » et autres formules académiques qui m’ont prodigieusement agacée. J’ai n’ai malheureusement pas senti une voix individuelle, j’ai reconnu des influences, des lectures scolaires. Une plume qui insiste, se perd dans des formulations inutilement longues et sophistiquées, se répète parfois. J’avais souvent envie de hurler « oui, on a compris! ».

♦ J’ai été PROFONDEMENT DERANGEE par la représentation de la femme dans la première partie du roman en particulier. Le corps féminin y est décrit en termes de dégoût, de rejet absolu. J’ai failli abandonner la lecture et envoyer valser le bouquin de l’autre côté de la pièce.

♦ Le personnage principal, Gaspard… C’était crescendo : il m’a laissée indifférente, puis il m’a gonflée et finalement insupporté. Je me suis forcée à terminer la lecture, pour respecter l’engagement que j’avais pris pour ce partenariat.

♦ Le titre m’a induite en erreur. Je m’attendais à ce que le personnage reçoive une éducation vraiment libertine, qu’une rencontre déterminante le transforme (relation maître/élève, etc.), l’accompagne et lui apprenne la vie, et il n’en est rien! On est très loin de l’esprit de Diderot ou de Sade que j’espérais un peu retrouver.  

En conclusion : Ce n’était tout simplement pas une lecture pour moi, contrairement aux apparences. Dommage.

Ce roman a reçu le prix Goncourt du premier roman 2009, le prix Laurent Bonelli, le prix Fénéon et le prix François Mauriac de l’Académie Française, rien que ça…