Stieg LARSSON – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (Millénium 2)

Actes Sud, collection Actes Noirs (2006) – 653 pp.

Titre original : Flickan som lekte med elden (2006)

Pour résumer: Il s’en est passé des choses depuis que nous avions entendu parler de Lisbeth Salander… un après les évènements du tome 1, elle a quitté Stockholm et profite de sa nouvelle liberté financière autour du monde.  Pour rien au monde elle ne veut revoir ce Michael Blomkvist. Lui a retrouvé sa place au sein de son magazine Millénium, et s’apprête à lâcher une bombe médiatique à l’aide d’un nouveau collaborateur: une enquête sur le trafic de femmes, qui mêle policiers et personnalités. Puis un soir, alors qu’il rend visite à son collaborateur, il le retrouve mort ainsi que sa compagne, assassinés par balles. Le lendemain, Nils Bjurman, le tuteur de Lisbeth Salander, est lui aussi retrouvé mort. Les empreintes sur l’arme du crime parlent sans détours: elles appartiennent à Lisbeth. Une folle course poursuite se met en place, son passé est fouillé, elle est introuvable… Blomkvist est néanmoins convaincu de son innocence.

♣ J’ai résisté quelque chose comme 20 H après avoir fini le premier tome avant de craquer et d’entamer comme une vorace ce deuxième tome. Tout est dit!

Impressions de lecture: Sachant les grands aspects de l’intrigue avec  l’adaptation ciné le suspense était quasi nul, mais j’ai pris plaisir à lire en détail le passé de Lisbeth, ses répliques bien senties. L’ambivalence du personnage est bien développée, là elle prend tout le charisme de l’héroïne qui a fait le succès de la trilogie. Et puis le Blomkvist est moins présent que dans le tome 1, ce qui n’est pas pour me déplaire.

♦ L’intrigue en elle-même m’a semblée plus intéressante que celle du tome 1, plus riche, centrée sur Lisbeth. Le style est moins pire que dans le premier, les dialogues sont meilleurs, plus incisifs. Oui il y a des sacrées longueurs, des intrigues parallèles (tout le tintouin interne de la police par exemple) pas franchement intéressantes, mais je suis dingue de ce « foutu petit bout de femme compliquée » et tant pis pour les défauts du truc. Comme pour le tome 1 les personnages ne survivent qu’en dormant deux heures par nuit, avec du café et des tartines, trois gorgées d’eau, mais ces « incohérences », ces « bizarreries » me font plus sourire qu’autre chose.

♣ L’adaptation ciné opte pour certains raccourcis, le livre offre plus de nuances, en particulier sur Lisbeth (sa relation ambivalente avec Blomkvist est complètement zappée dans le film) et aussi le « géant blond » qui est un Terminator sans cervelle dans le film, il est plus crédible dans le bouquin.

J’entame le tome 3… et je n’ai même pas peur de ses 710 pages.

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Stieg LARSSON – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millénium Tome 1)

Actes Sud, collection Actes Noirs (2006) – 575 pp.

Titre original : Män som hatar kvinnor (2005)

A moins d’avoir passé les quelques dernières années dans une grotte ou dans un abri anti-culturel, difficile de passer à côté de Millénium. 

♦ J’avais résisté jusque là en me disant que j’attendrai que le battage médiatique retombe pour m’en faire une idée, mais plusieurs arguments sont venus à bout de ce raisonnement : 1 – en voulant travailler dans le secteur du livre, c’était un peu couillon de ne pas l’avoir lu; 2 – les couvertures d’Actes Sud (et Actes Noirs en particulier) sont sublimissimes, je pense que ça devrait même être remboursé par la Sécu ; 3 – en voyant le premier film j’ai reçu un terrible coup sur la tête en découvrant le personnage de Lisbeth Salander, j’avais envie d’en apprendre plus sur elle, et 4 – on m’a récemment offert la trilogie. Je n’avais PLUS AUCUNE excuse pour ne pas essayer.

Mes impressions de lecture : Beaucoup de choses à dire, ce qui est plutôt bon signe.

♣ C’est ce que j’appelle un vieux diesel, t’aurais le temps de faire vingt bornes s’il ne fallait pas attendre un temps de préchauffage. Le démarrage a été long, des digressions, des détails insignifiants sur la vie de ce Mikael Blomkvist qui, comme dans le film, n’a pas réussi à éveiller mon intérêt et pire : m’a agacée. Son côté « Robin des bois » à la mords-moi-le-noeud genre je veux dénoncer le gros requin de la finance et j’irais jusqu’au bout + le vieux cliché du tombeur qui est soit-disant différent des autres hommes (en quoi…?), pouah, ça m’a gonflée. Le fond de ma pensée? Sans ce personnage, j’aurais trouvé ce bouquin absolument TERRIBLE. Car :  

♥ Je guettais les apparitions de Lisbeth Salander, qui représente – à mes yeux – tout l’intérêt de la trilogie. Je n’ai jamais rencontré de personnage de cette trempe. Sauvage, écorchée vive, motarde (sur une bécane qu’elle a débridé), tatouée, piercée, une mémoire de dingue et un talent fou pour bidouiller les ordis, bref : l’anti Bella. J’en profite d’ailleurs pour le proposer en deuxième contribution au challenge « On veut de l’héroïne! » organisé par Pickwick et Emma. Bon, elle a un moment de faiblesse (que je n’ai d’ailleurs pas compris) en succombant aux charmes (?!) de ce médiocre Blomkvist, peut-être une tentative de l’auteur (me suis quand même demandé s’il n’avait pas fumé quelque chose pour pondre un truc aussi niais) de la faire paraître plus « humaine », plus « femme socialement acceptable », je ne sais pas, ça a failli tout gâcher. Failli seulement. Le deuxième volet de l’adaptation m’a davantage plu, et j’ai hâte de lire le bouquin.

Parce que j’aime bien donner mon avis même si on ne me le demande pas : On a débattu sur la pauvreté stylistique de la trilogie. Ce n’est pas un scoop : Stieg Larsson n’est pas le nouveau Flaubert, mais j’ai déjà lu bien pire. C’est fluide, c’est divertissant, parfois maladroit dans la formulation, les personnages ne survivent qu’au café et aux sandwichs (toutes les 10 pages à peu près) et alors? Je ne pense pas qu’il ait eu des prétentions à vouloir un Prix Nobel de Littérature. Il faut comparer ce qui est comparable.

Ce qui m’a plu, c’est la cohérence thématique en filigrane développée dans ce premier tome: la question de la femme et des violences qu’elle peut subir, son statut dans la société, notamment à travers Lisbeth Salander. On ne dirait pas comme ça mais Millénium est assez « thought-provoking » (faute de mieux en français : « stimulant pour la pensée »). Ce personnage m’est un peu apparu comme une métaphore : mise sous tutelle pour troubles mentaux, elle est considérée comme une citoyenne de deuxième classe. L’enquête sur laquelle elle travaillera avec Mikael Blomkvist met en scène un passage de la Bible qui est loin d’avoir été choisi au hasard. L’attitude des hommes de son entourage (son patron, son tuteur, et l’autre Blomkvist) offre encore des angles de réflexion sur le sujet.   

Je le recommande : si vous aimez les polars, romans noirs et autres atmosphères froides, les enquêtes sur un tueur en série sadique misogyne, et/ou que vous êtes curieux de découvrir pourquoi ça a eu autant de succès.

Millénium 2 – Daniel Alfredson

J’avais eu un avis relativement mitigé sur le premier volet, mais quand quelque chose (ou plutôt quelqu’un) retient mon attention, c’est foutu. J’étais restée sur ma faim, je voulais savoir ce qu’étais devenue Lisbeth Salander, j’avais guetté la sortie du deuxième opus et suis donc allée le voir dès sa sortie (30 Juin 2010).

Pauvre de moi: j’ai su à la première minute du film que la Milléniumania à laquelle j’avais résisté jusque là m’avait cueillie toute entière.

Pour résumer : Un an s’est passé depuis l’affaire Henriett Vanger. Michael Blomkvist a repris sa fonction dans le journal Millénium, et travaille sur un coup juteux assisté d’un nouveau collaborateur : des hautes personnalités affaires seraient mêlées à un traffic de filles de l’Est. Après avoir exploré des pistes intéressantes, le free lance qu’il avait engagé et sa compagne sont retrouvés assassinés. Peu après, le tuteur de Lisbeth Salander (dont il n’a pas eu de nouvelles depuis) est également retrouvé mort. On retrouve sur l’arme du crime les empreintes de Lisbeth; sa personnalité trouble et son passé font d’elle une coupable idéale. Blomkvist est pourtant convaincu de son innoncence, et il ira jusqu’au bout pour le prouver.

♥ Si j’avais reproché au premier volet d’être long, difficile à comprendre et parfois sans intérêt (notamment à cause de ce Blomkvist que je trouve fadasse à souhait), j’ai été scotchée sur le siège rouge en velours du cinoche. C’est rythmé, haletant, on ne perd pas de temps dans des digressions ou des moments plats, bref : ce fut un visionnage assez addictif. Je suis sortie du ciné sonnée et en me demandant pourquoi on n’était pas déjà le 28 Juillet (date de sortie du 3ème et dernier volet).  

♥ Lisbeth Salander; plus écorchée vive et sauvage que dans le premier. C’est vraiment sur elle que tout se concentre, on plonge dans les arcanes de son passé complexe, on comprends l’origine de sa mise sous tutelle. C’est un personnage féminin des plus fascinants qu’il m’ai été donné de voir. Noomi Rapace est impliquée, habitée par son personnage et son jeu est convaincant.

Photo Liza Rose

→ Bref un deuxième volet beaucoup plus rythmé, une action ressérrée autour de Lisbeth, j’ai tremblé pour elle tout le long, une narration sans répit, j’ai adoré.  Là j’ai enfin compris et trouvé justifié le succès de cette trilogie.