Orlando – Sally Potter

Je savais que cette adaptation existait, mais folle amoureuse du roman de Virginia Woolf (j’en avais déjà parlé ici et je n’hésite pas à dire que c’est l’oeuvre que je préfère non seulement d’elle, mais de la littérature) dont il est inspiré, j’étais sacrémment sceptique, et j’ai longuement hésité avant de me le procurer. J’avais peur que ce soit un massacre, que ça m’enlève le souvenir magistral de la lecture, …

Oh God, mais que j’avais tort! Ce film est un JOYAU.

La recherche visuelle et la richesse esthétique du film. Les costumes, le choix et le jeu des acteurs, les lieux, la musique… j’ai été éblouie du début à la fin.

Les thèmes majeurs du roman ont été traités avec poésie et virtuosité (à ce tarif là on peut utiliser ce genre de mots): Orlando, cet être  tour à tour masculin et féminin, immortel traversant quatre siècles, a pris vie sous les traits de l’actrice androgyne Tilda Swinton. De l’adolescent elizabhétain à la femme moderne en pantalon, en passant par les perruques bouclées et les robes à crinoline. Sublime interprétation.

Les bonus sont très intéressants, la réalisatrice est passionnée et passionnante. Elle s’est imprégnée de l’oeuvre de Woolf avec respect et admiration, et je ne peux que saluer sa performance.

Je ne m’attendais pas à ce qu’un film puisse reprendre les réflexions développées dans le roman, l’ironie sur le monde littéraire, par exemple, car transcrire ça à l’écran relevait de l’impossible. Ce tri effectué dans l’oeuvre ne gâche en rien la réussite du film, c’est vibrant, avec des petites touches malicieuses, une fin changée, mais qui colle curieusement bien.  

→ A voir (de préférence) après la lecture du roman.    

♦ Sorti en 1992, réalisé par Sally Potter. Avec Tilda Swinton dans le rôle d’Orlando.

♦ Malheureusement pour le public francophone, ce DVD n’est (à ma connaissance) pas disponible en version doublée (ni même sous-titrée) en français. J’ai du me le procurer Outre-Manche et le regarder in english. Avis à ceux et celles qui maîtrisent suffisamment la langue de Shakespeare! 😉

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Deuxième contribution au challenge Virginia Woolf organisé chez Lou :

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The Hours – Stephen Daldry

J’avais travaillé sur ce film à l’occasion d’un dossier universitaire: j’avais choisi le thème du personnage de l’écrivain au cinéma, et The Hours formait une base de réflexion intéressante sur le sujet. Je l’ai visionné, décortiqué, assassiné et un peu aimé, quand même. 

Inspiré par le roman du même nom (sauf qu’il n’a pas inventé ce titre mais repris le titre de travail de Mrs Dalloway…) par Michael Cunningham, publié en 1999. Il avait reçu le prix Pulitzer et le PEN/Faulkner Award, rien que ça. Le film est sorti en 2002.  

J’ai malheureusement/heureusement (?) des réactions très passionnées et épidermiques dès que je vois l’oeuvre de Virginia Woolf commentée, reprise, évoquée, etc. Je pourrais parler d’elle jusqu’à ce que je n’ai plus de salive. Ce film ne pouvait pas me laisser indifférente; il m’a fait bouillir. Je ne sais pas si je lirai le roman un jour.

– Pour résumer : Trois femmes, trois époques, trois vies, autour d’un roman : Mrs Dalloway. Une lectrice des années 50, dans le Los Angeles d’après guerre, qui fleurte avec l’idée de suicide. Une éditrice new-yorkaise contemporaine, Clarissa moderne, et Virginia Woolf, durant l’écriture de ce roman. Leurs histoires se mêlent, se répondent, font écho à l’oeuvre, mise en abyme et évoquée en filigrane tout au long du film, jusqu’à la fin où leurs histoires vont se percuter et se rencontrer.  

♣ Arf… Ce qui m’a plu d’abord. La mise en abyme du roman, ses évocations, la Clarissa moderne. Les fleurs du début, l’écritoire sur les genoux et la plume qui gratte sur le papier. 

Ce qui m’a franchement déplu : la représentation souvent stéréotypée de Virginia Woolf, en folle dingue, les yeux à l’ouest, qui parle toute seule et qui finit par se noyer dans une rivière. Ce n’est pas l’intellectuelle brillante, drôle, pleine de vie, que j’aime éperdumment, celle de Orlando, de A room of one’s own. L’ouverture du film m’a paru impardonnable. Choquant, réducteur.

Les bonus. Spécialement le documentaire sur Virginia Woolf. Bon évidemment il y a des tartines sur sa vie, sa maladie, sa mort, etc. qui m’ont gonflée car encore une fois on relègue ses oeuvres au second plan, mais rien que pour entendre sa nièce Angelica et le fils de Vita Sackville-West, qui l’ont connue, ça vaut largement le coup. Et de voir l’endroit dans lequel elle a écrit.

→ A voir si vous aimez les drames, et/ou pour un premier contact avec Virginia Woolf, en attendant ou en complément d’une lecture.

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Revu et chroniqué pour le Challenge Virginia Woolf organisé chez Lou. Pour voir les billets des participants et/ou rejoindre le challenge, il suffit de cliquer sur la photo (maintenant que j’ai trouvé comment on faisait – ça va, on ne se moque pas! – ) :

Published in: on 20 juin 2010 at 19 h 21 min  Comments (17)  
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Persephone Books

 

http://www.persephonebooks.co.uk/

Gros coup de coeur pour cette librairie/maison d’édition londonienne, spécialisée en auteurs femmes de langue anglaise du début 20ème, méconnues pour la plupart. La reliure est grise d’extérieur, et à l’intérieur, un papier au motif unique à chaque titre, rétro so british à souhait, un marque page assorti, bref, des petits bijous éditoriaux. Un MUST si vous êtes anglophile, Bloomsbury-phile, litté féminine-phile.

Cheerful weather for the wedding - Julia STRACHEY

En attendant d’aller dans la boutique lors de ma prochaine virée Outre-Manche, je me suis contentée de leur site, et n’ai pas résisté à quelques titres, dont Flush de Virginia Woolf, que je compte lire pour le challenge organisé chez Lou (une belle excuse pour lire les titres que je n’ai pas encore lu d’elle…).

Flush - Virginia WOOLF

Découverte grâce à l’Ogresse et à son billet -voir également sa série sur les librairies indépendants londoniennes – (http://logresse.blogspot.com/2010/03/la-recherche-de-librairies_21.html).

Quand il n’y en a plus, il y en a encore : pour les amatrices de litté rétro so british et de peinture, il y a même un blog, plus axé images, dans l’ambiance des livres du catalogue : http://thepersephonepost.blogspot.com/ 

Virginia WOOLF – Orlando

Virginia WOOLF : Orlando (1928)

En gros : CHEF D’OEUVRE ABSOLU. CULTE. CULTISSIME. (= catégorie WOW, haut du panier).

Orlando est une oeuvre à part dans la bibliographie de Woolf. Roman, biographie fictive & fantaisiste, satire, poème, c’est tout ça à la fois. Orlando est au début du livre un beau jeune homme vivant à l’ère élizabéthaine (XVIème siècle, Angleterre), il est un des préférés de la cour, et est promis à un brillant avenir. Il tombe amoureux d’une princesse russe, traverse les époques, se réveille un matin et découvre qu’il est devenu une femme, observe le monde changer, évoluer, et lui/elle rester étrangement fidèle à lui/elle-même.

Comment je l’ai eu entre les mains: passionnée absolue de Woolf, je me suis carrément acheté une édition anglaise de ses romans les plus importants (un magnifique pavé de plus d’un millier de pages…aux éditions Wordsworth), et Orlando faisait partie de cette sélection.

Le souvenir que ça m’a laissé: immense souvenir. C’est drôle, intelligent, fascinant, magistral. Ce texte a une identité très forte, à l’origine Virginia Woolf l’a écrit comme une récréation de ses oeuvres plus « sérieuses », elle s’autoparodie, réfléchis sur la notion de genre (récurrente dans son oeuvre en général), sur le monde littéraire. J’ai beaucoup ri et j’ai été émue jusqu’à la moelle.

Je le recommande : pas à tout le monde. Je pense que Virginia Woolf est un auteur qu’on aime ou … pas. Orlando est un texte déconcertant, d’une richesse absolue; je le recommande d’abord aux amateurs de textes curieux, hybrides, littéraires, et également aux passionnés d’androgynie. Ce livre est à l’opposé de l’image de dépressive qu’on a d’elle tant c’est piquant; je le conseillerai donc aux fâchés, ceux qui ont lu un ou deux romans d’elle et qui n’ont pas accroché, qui se sont dit « mais il ne se passe rien là-dedans ». Cette deuxième chance peut peut-être vous faire changer d’avis.

♦ Je l’ai lu en VO et ne sait donc pas ce que vaut la traduction française. La version originale est savoureuse.

Un texte d’une richesse exceptionnelle, à relire, à relire encore & encore…